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Voter pour l'Europe
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La crise économique dans laquelle le monde s’enfonce nous invite à ouvrir les yeux sur la réalité. Son ampleur est sans doute sans précédent depuis 1929 et ses effets immédiats sont largement atténués par l’épaisseur des amortisseurs sociaux dont les Etats se sont dotés depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Soyons toutefois bien conscients que les prochains mois s’annoncent éprouvants. Suivant en cela l’exemple américain, nos modèles sociaux ont fait le choix de la consommation et de l’endettement, signes emblématiques de la confiance et de l’optimisme. Tout est question de dosage, démocratie ne doit pas se confondre avec déficit chronique et endettement abyssal.

A défaut d’une Europe politique, nous avons opté pour une Europe du marché, laissant à chaque Etat membre le soin de cultiver son propre système de protection sociale. Et l’Europe a vécu sa vie, ses enchaînements : marché commun, marché unique, monnaie unique en attendant le saut qualitatif décisif : l’Europe politique. Conscients des oppositions nationales à l’avènement d’une Europe politique, les pères fondateurs décidèrent de contourner l’obstacle en libéralisant les échanges commerciaux à l’intérieur de l’espace communautaire. Leurs successeurs s’employèrent à gommer tous les obstacles et freins à la circulation des personnes, des produits, des services et des capitaux, mettant entre nos mains une monnaie unique. Malheureusement, le pari n’a pas abouti et l’euro reste, singularité mondiale, orphelin d’Etat. Pour prévenir les risques liés à cette singularité, nous avions pourtant conçu un règlement de copropriété, le « pacte de stabilité et de croissance ». La crise et les plans de relance viennent de le faire voler en éclats.

L’Europe politique est-elle accessible ? Il a suffi d’un ersatz de projet de Constitution pour déclencher un vote de refus, expression d’un ressentiment, manifestation de rejet d’une gouvernance distante et  technocratique pour les citoyens, dogmatique en matière de concurrence, pusillanime face aux enjeux politiques, bref illisible. Bercés par une longue séquence de croissance, cantonnant l’intégration politique à la seule politique agricole commune, les gouvernements nationaux et la Commission européenne elle-même ont pris le cap de l’élargissement. Option sans doute dictée par la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’empire soviétique, mais compliquant un peu plus l’approfondissement, portant le libre échangisme au rang de religion, abandonnant aux acteurs financiers la charge de s’autoréguler.  A défaut d’Europe institutionnelle, l’inter gouvernemental demeure la pratique. Image dérisoire d’une présidence Tchèque évanescente succédant à une présidence française hyper active. Image banale d’une navigation sur eaux calmes, image insupportable par temps de crise. Crise immobilière, crise de la titrisation, crise de liquidités née aux Etats-Unis pendant l’été 2007. Crise de la mondialisation qui n’a pas tardé à atteindre l’Europe. Crise qui ne cesse de muter pour atteindre profondément l’économie réelle et qui fait peser de lourdes menaces sur la préservation du pacte social. Nous voici donc dans un contexte nouveau où la puissance publique, le politique, l’Etat apparaît comme l’ultime recours apte à rétablir la confiance. Et l’Europe est à la peine, comme si elle était soudainement suspecte d’impuissance.

Gardons nous de condamner l’Europe. Elle est parvenue à mettre un terme à des folies meurtrières qui ont endeuillé notre continent déchiré par les nationalismes. Veillons à préserver cet acquis inestimable. Ce qui est en cause, c’est l’art de gouverner, d’articuler l’exercice des compétences à l’échelon des Etats et de l’Europe. La réticence à partager la souveraineté est en embuscade. Nous le mesurons dans notre environnement immédiat, dans la relation qu’établissent les communes avec l’intercommunalité ! Question de prérogatives et d’apparences de pouvoir. Cela étant, à l’heure d’internet et des transports planétaires, il ne suffit pas de légiférer nationalement pour réguler les comportements. Le nomadisme financier, économique, fiscal, médical, procréatif déjoue les règles les mieux ordonnées dès lors que les acteurs peuvent se déplacer d’un territoire à l’autre. La crise éclaire d’une lumière aveuglante les limites des pouvoirs nationaux. A défaut d’un gouvernement mondial, donnons-nous une gouvernance européenne. Le G20 qui s’est tenu à Londres le 2 avril dernier est riche de promesses : lutte contre les paradis fiscaux, régulation des marchés financiers, surveillance prudentielle des opérateurs. Commençons donc par mettre en œuvre toutes ces préconisations sur l’espace européen. Les paradis fiscaux existent aussi en Europe ! De même, en matière de fiscalité, il est de bon ton de suggérer une taxe carbone. C’est ainsi que l’on taxe lourdement le carburant de nos véhicules automobiles. En revanche les avions et les navires qui parcourent le monde utilisent des carburants totalement exonérés de taxe. Si l’Europe le décidait, elle pourrait mettre un terme à cette discrimination.  

L’Europe est notre destin. C’est pour cela qu’il n’est pas possible de bouder les élections du 7 juin. Voter, c’est proclamer que nous attendons un sursaut européen, que nous demandons aux chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Union européenne de renoncer aux faux semblants et aux illusions entretenues. Oui, les Etats nations ont leur place, mais pour nombre d’actions, régulations économiques et financières, immigration, lutte contre la criminalité et le terrorisme, écologie, recherche, ré industrialisation et plein emploi, diplomatie et défense, la crédibilité passe par l’Europe. Au récent G20, il y avait un américain et six européens ! Nos marges de progression sont larges. C’est pour cela qu’il faut voter.

Voter pour qui ? pour  les candidats qui s’engagent avant tout en faveur de l’Europe et entendent faire de la France l’un des piliers et des moteurs de l’Europe, pour ceux qui ne détournent pas la campagne en confondant enjeux électoraux nationaux et enjeux européens. Oui, la sortie de crise passe par l’Europe.

 



01-06-2009 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 973 fois | Public
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