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Contrairement aux idées reçues, la prison n’est pas un lieu d’oisiveté pour ceux des détenus qui manifestent la volonté de travailler. Les services pénitentiaires du Ministère de la Justice disposent d’une Section « Travail et Emploi » qui offre aux entreprises une diversité de compétences en sous-traitance (mécanique générale, informatique, confection, finition, assemblage, mise sous pli, tri, réparation de palettes…). Depuis 1987, il importe de dissocier exécution de peine et travail volontaire. L’objectif poursuivi est de préparer la réinsertion des détenus et de leur permettre de disposer de ressources, pour eux-mêmes et leurs familles. Pour en connaître la réalité et me faire une opinion sur cette pratique, je me suis rendu à la maison d’arrêt de Laval, le vendredi 29 mai 2009. J’étais désireux de visiter un atelier et d’en comprendre le fonctionnement. Cette mission de production, sous le contrôle de l’administration pénitentiaire, est externalisée. Dans la région ouest, une dizaine d’entreprises dites de façonnage se sont spécialisées dans ce type de prestations. Elles interviennent pour le compte d’industriels ou de distributeurs donneurs d’ordre. Elles s’engagent à accomplir le service attendu pour un prix négocié, à charge pour elles de fixer les modalités de rémunération des détenus qui acceptent de collaborer à raison au maximum de 30 heures par semaine pour les prévenus (détenus en attente de jugement) ou de 35 heures pour ceux qui ont fait l’objet de condamnation. Un salaire minimum, fixé à 3,9 € de l’heure par arrêté du ministre de la Justice ( barème compétitif puisque le SMIC horaire est à 8,71 €), est assuré aux intéressés mais la rémunération est fonction du rendement. Ainsi, en moyenne, les détenus travailleurs perçoivent environ 400 € par mois. Les plus efficaces peuvent gagner 1000 €, le record ayant atteint 1400 €. Cette palme a été obtenue par un homme d’origine asiatique ! Les bulletins de paye sont établis par l’administration pénitentiaire qui retient 30% du salaire, 20% destinés à couvrir les indemnités aux parties civiles et les frais de justice et 10% qui seront restitués au bénéficiaire au moment de sa libération. L’atelier est encadré par un représentant de l’entreprise de façonnage qui veille à l’organisation des travaux, à leur qualité et aux performances sur lesquelles est fondée la rémunération. Les rendements sont impressionnants. Ainsi, du fait d’une grève récente dans les services pénitentiaires, l’entreprise de façonnage a dû faire appel à des salariés recrutés au sein d’une agence d’intérim. Il est alors apparu que pour une tâche donnée, il faut deux intérimaires pour accomplir le travail exécuté par un seul détenu. C’est dire si les entreprises de façonnage redoutent les grèves des gardiens de prison ! J’ai donc pu voir une équipe d’une quinzaine d’hommes à l’œuvre, les uns confectionnant des emballages en carton, les autres rassemblant des échantillons de cosmétiques pour leur envoi vers des boutiques de vente. Ce qui m’a impressionné, c’est l’extrême concentration de chacun de ces ouvriers et la cadence soutenue de leurs travaux. Ils souhaiteraient sans doute en faire plus encore. Mais la crise n’épargne pas les ateliers pénitentiaires et pèse sur le niveau des commandes. Ce type de travail peut-il s’apparenter à une délocalisation ? N’y-a-t’il pas un risque de voir une partie du travail glisser hors du champ du salariat et priver ainsi des hommes et des femmes d’un emploi ? A la vérité, les tâches accomplies en milieu carcéral semblent avoir pratiquement disparu du marché. C’est si vrai que lorsqu’ils retrouvent la liberté, les détenus sont dans la plupart des cas incapables de trouver un emploi correspondant aux travaux qu’ils ont effectués à l’intérieur de la prison. Notre société a décidemment une forte exigence de bas prix. Et puisqu’il n’est pas question de revenir sur nos acquis sociaux, les détenus ne risquent pas d’être privés de travail. Prenons conscience aussi qu’il est temps de cesser d’accuser nos compétiteurs du monde entier de recourir au travail carcéral ! |
















