LES ECHOS et LVMH
Dans une France qui tarde à reconnaître les bienfaits de l'économie de marché et à exalter l'esprit d’entreprise, il est vital que la presse éclaire l’opinion publique et donne des gages à la confiance. Les lois et les pouvoirs publics, les régulateurs pas plus que les autorités de marché, n’ont pu démontrer à ce jour qu’ils étaient en mesure de contenir les dérives, voire les scandales. Les progrès de la transparence sont pourtant bien réels, la révélation des manquements à la règle et aux codes de bonne conduite, la dénonciation des manipulations autour des marchés, l’interpellation de certains dirigeants à propos des excès de leurs rémunérations, de leurs plans de stock-options ou de leurs parachutes dorés sont à mettre au crédit de la presse.
L’écho médiatique est le meilleur frein à de telles pratiques. C’est la dissuasion par la publicité. Mais pour être crédible, la presse a besoin d’une indépendance à l’abri de tout soupçon. C’est dire si dans une entreprise de presse l’équilibre est délicat. Comme toute entreprise, les capitaux doivent être équitablement rémunérés. Toute entreprise de presse qui connaîtrait des déficits structurels s’exposerait au doute car le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur serait alors fondé à se demander, dans un monde où rien n’est gratuit, pour quels motifs l’actionnariat consent à renflouer le tonneau des Danaïdes. Ceux qui font le journal doivent également être équitablement rémunérés. C’est aussi le gage de leur indépendance professionnelle. Nous sommes ici dans le domaine de l’éthique qu’aucune loi ne saurait égaler : l’éthique que s’imposent les journalistes au même titre que les chefs d’entreprises.
Le projet de cession du journal Les Echos au groupe LVMH est un cas d’école. Je ne doute pas de la bonne foi de Bernard Arnault. Mais la place, le rôle, les moyens de cet actionnaire potentiel fait naître un risque majeur de conflits d’intérêts et le soupçon affecterait alors tout autant l’actionnaire que son journal. Ce qui est en cause, c’est la liberté d’expression sans laquelle toute démocratie est en danger. Alors que s’ouvre une ère nouvelle, la rupture ne peut laisser survivre l’image d’une France se résignant au mélange des genres.
A défaut d’un pacte garantissant l’indépendance des rédacteurs et la continuité de la ligne éditoriale des Echos, ses lecteurs, le monde de l’entreprise, les épargnants doivent se mobiliser pour réunir un actionnariat diversifié. Nous ne pouvons nous priver d’un quotidien qui popularise l’économie de marché et tend à réconcilier les Français avec l’esprit d’entreprise.